MÉDÉE

Adaptation et mise en scène d’Estelle Husson

Avec : Cloé Dumas-Moreau, Jeremy Garcia, Salomé Bourreau-Diez, Lou Dupleix-Pinat et Sacha Schubenel.

 

Comme depuis cinq ans, Pampa est accompagné par une incroyable équipe de bénévoles. Eux qui étaient au Lycée – section théâtre – jusqu’il y a deux ans encore, sont maintenant tous de jeunes étudiants désirant faire de l’art dramatique leur métier. Nous souhaitons donc leur laisser une place belle dans notre programmation avec une création par édition. Nous sommes heureux de vous présenter celle de Médée.

 

 

NOTE DE LA METTEUSE EN SCÈNE

Avant de me passionner pour le mythe de Médée, c’est à travers la réécriture de Corneille, parue en 1635, que j’ai rencontré son personnage. Rapidement, mettre en scène ma propre vision de Médée s’est imposée comme une nécessité. Ses paroles, ses confrontations,  et  ses  interactions  avec  les autres personnages de la pièce ont raisonné en moi d’une manière inexplicablement et irrémédiablement viscérale.

Cette œuvre touche à un universel questionnant d’une part le statut de l’étranger.ère, loin de ses racines, seul.e au milieu de cultures, traditions, et politiques qui diffèrent de son éducation. Comment vivre dans un pays, une société dans laquelle nous nous sentons mis à l’écart, relégués à une position des plus précaires, et persécutés pour la simple raison de notre différence et de nos origines ?

D’autre part, cette œuvre s’attache à illustrer la parole d’une femme opprimée, se faisant de la sorte l’écho de la voix des femmes du monde entier, toutes dépendantes d’un système indubitablement régi par le patriarcat. Le monde dans lequel vit Médée cherche perpétuellement à la cloisonner dans des rôles  prédéfinis, des  stéréotypes  que  l’histoire  n’a  eu  de  cesse  d’associer  aux femmes : mère, amante ou créature victime de ses passions avant d’être simplement considérée comme un être humain.

Je  pense  que  l’on  peut  se  retrouver  en  elle.  La  sensation  d’être  en  perpétuelle insécurité, de ne jamais réellement être à sa place, dans la norme, mais aussi d’être lié.e de près ou de loin à un drame imprévisible, sont sans doutes des sentiments que nous avons tous pu ressentir. Camus écrit que « tout homme est un criminel qui s’ignore ». J’aimerais montrer, à travers ce mythe, que s’évertuer à être bon en respectant les normes sociales peut mener l’être humain à faire le mal. Sommes-nous destinés à détruire, à n’être que des virus, des criminels ?

Médée a aujourd’hui beaucoup plus la renommée de ses crimes, de ses infanticides, que de sa complexité et de son humanité. C’est pour cela que je vise l’identification du public, afin de susciter non seulement son empathie, mais son amour pour cette femme et ce personnage  :  elle  doit  apparaître, devant  leur  yeux,  entière. Son  intelligence,  sa bienveillance, ses crimes et son amour pour Jason doivent éclater au grand jour, en tant que constitutifs de tout son être.

Cette femme est un emblème, une icône, une voix pour des milliers d’êtres humains détruits, oppressés et souffrants qui en dépit de tout décident de se battre et d’assumer qui ils.elles sont au fond d’eux mêmes. Ce mythe est selon moi le moyen d’une pure catharsis.

Mon montage se compose principalement de trois œuvres.

 

Pour  commencer,  celle  d’Euripide,  en  431  avant  J.-C.,  le  premier  à  écrire pour prendre la défense de cette femme, pour lui rendre honneur. On peut le considérer comme à l’origine du mythe : me baser sur sa version m’a donc paru évident. Les mots prononcés par Médée y sont d’une actualité presque terrifiante. Elle aborde des sujets toujours en rigueur, même deux millénaires plus tard.

La  bande  dessiné  de  Nancy  Peña  (publiée  entre  2013  et  2019),  qui  amène  une esthétique proche  de  mon  imaginaire,  et  un  aspect  contemporain,  actuel  et vulgarisateur,  s’est  aussi imposée  pour  rendre  ce  mythe  accessible  tout  en  le respectant. Cette œuvre illustre la vie de Médée de son enfance jusqu’à sa mort : un moyen indispensable pour une réelle volonté de comprendre ce qui l’a conduit à commettre ces crimes qui font sa réputation.

La dernière œuvre fondatrice de ce montage est la réécriture de François Cervantes publiée en 2017 : Face à Médée. Cette pièce est écrite suivant le point de vue de trois femmes témoins de la scène au cours de laquelle Médée interrompt le mariage de Jason et le confronte aux cadavres de leurs enfants. De la sorte, est apporté un certain recul sur la violence des faits, mais aussi une universalisation du propos et une identification du spectateur, grâce au rôle crucial de commentatrice, de coryphée, qui peut être attribué à ces trois femmes.

En  plus  de  cette  trame  principale  s’incorporeront  des  extraits  de  trois  autres réécritures contemporaines :  Médée-Matériau de  Heiner  Müller,  Médée  Kali de Laurent  Gaudé  et Sandre de Solenn  Denis.  Ceux-ci  sont  source  d’autant  plus d’explications du personnage de Médée en la ramenant à un état plus primaire, sensuel et instinctif, et au travers de paroles actuelles et communes à notre époque.

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